Un regard RH: 6 leçons sur le Service et l’Emploi, inspirées de la vie de la Reine Elizabeth II

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Le 8 septembre 2022 a marqué la fin d’une époque comme l’ont rapporté de nombreux médias. Une icône dont la vie s’est étendue sur près de 10 décennies et dont le service a duré plus de 70 ans venait de perdre la vie. La particularité de cette Monarque est qu’elle a hérité d’une responsabilité gigantesque à un très jeune âge et a continué à porter cette énorme responsabilité à travers de multiples changements politiques, sociaux et économiques majeurs au sein de son royaume ainsi qu’à l’échelle mondiale au fil des ans, mais avec un engagement indéfectible et un sens du devoir jamais ébranlé.

À 25 ans, elle est devenue Reine de 7 pays indépendants et Chef du Commonwealth et elle a assumé le rôle de Monarque constitutionnel au fil des ans, durant la décolonisation de l’Afrique, à travers les troubles au sein de son royaume avec l’Irlande du Nord, la dévolution du Royaume-Uni, l’intégration de la Grande Bretagne ainsi que son retrait de la communauté européenne, tandis que de nombreux territoires Britanniques les uns après les autres devinrent indépendants ou des républiques, le tout faisant face à ses propres problèmes familiaux et de nombreux chocs économiques ou sociaux. Sa position pourrait être assimilée à celle d’un « employé » de la Couronne, une « servante » de la Couronne, car elle a servi la Couronne Britannique et le peuple du Commonwealth durant la majeure partie de sa vie.

Avant de tirer quelques leçons de son mandat qui pourraient nous être utiles à tous, employés, dirigeants ou chefs d’entreprise, regardons ensemble quelques caractéristiques du service ou du poste qu’occupait la Reine Elizabeth II.

  • Durée de service : Son service a duré plus longtemps que la vie professionnelle d’un salarié : plus de 70 ans ; il est allé bien au-delà de l’âge moyen de la retraite d’un employé. Bien qu’elle aurait pu prendre sa retraite* plus tôt, la Reine Elizabeth a choisi de ne ni prendre sa retraite ni abdiquer et est restée en poste jusqu’à son décès. En fait, il est rapporté* que son dernier engagement royal a été la nomination de la 15ème Première Ministre Britannique Liz Truss le 6 septembre 2022, quelques jours avant son décès.
  • Candidature au poste: La Reine Elizabeth II n’a pas postulé au poste et n’a pas été élue ou nommée à ce poste. Elle a hérité du poste par lignée lorsque son père est décédé en 1952 et, en tant que tel, a reçu le poste et l’a accepté. Il n’y a eu aucun processus de recrutement, aucun d’entretien, et aucune évaluation de son aptitude à occuper ce poste n’a été faite. Nous ne savons pas si ce était celui qu’elle préférait car il n’y avait pas d’autres offres d’emploi parmi lesquelles elle aurait pu faire un choix. Lorsque son père est devenu Roi en 1936 après l’abdication de son frère, elle a été « préparée » pendant 16 ans à occuper ce poste un jour vu qu’elle était devenue l’héritière présomptive du trône. Son rang dans la lignée a déterminé son droit ou son obligation d’accepter ce poste.
  • Termes de Référence ou description de poste: Bien que la description de poste et les tâches étaient claires, elles étaient multiformes, couvrant de multiples rôles et plusieurs casquettes : Chef de plusieurs entités : Royaumes, États, Nations, Domaines, Organisations et Associations caritatives, etc. Le poste a changé au fil du temps à mesure que l’étendue du royaume changeait ainsi que les loi et constitutions qui changèrent au fil du temps et modifièrent un tant soit peu l’étendue du rôle. Le poste comportait également une longue liste de règles, d’étiquettes et de protocoles royaux à suivre. Aucune mobilité géographique n’était offerte, ni possibilité de réaffectation à un autre poste. Et il n’y avait pas de syndicat du personnel ou de soutien organisationnel pour gérer les réclamations ou le mécontentement émergeant de la prise de fonction.
  • Ligne hiérarchique : Ce rôle est d’une certaine façon le plus élevé dans la hiérarchie organisationnelle du Royaume-Uni. La ligne hiérarchique était assez unique et complexe, car la Reine, bien qu’officiellement ne relevant de personne, ne pouvait prendre de décisions qu’en collaboration avec le parlement britannique. En tant que chef de l’État et Chef des nations, on peut dire que la Reine était son propre Chef ou reportait à la Couronne, mais il est également correct de dire qu’elle reportait à des millions de personnes dans son royaume, qui contribuaient à son « salaire et ses avantages” à partir du paiement de leurs impôts et par ricochet avaient un mot à dire dans l’opinion publique de son règne, ou sa cote d’approbation.
  • Équilibre travail-vie: Malgré son emploi du temps hyper chargé, son poste des
    plus complexes et ses innombrables occupations, la Reine Elizabethh II prenait
    des vacances presque chronomotrées,
    à   des périodes régulières
    et précises de l’année et ce sans faille pendant ses 70 ans de règne. 
    Quel
    exemple incontestable de prise en charge du bien-être personnel quelque soit
    les occupations ! Cela dit, bien que la Reine prenait des vacances comme tout le monde, il n’y avait en réalité aucune séparation entre son travail et sa vie privée, car sa vie privée était aussi en quelque sorte confondue à son travail, et elle était constamment surveillée par la presse et la nation; Par conséquent, la distinction travail-vie privée était vraiment un luxe dont elle ne bénéficiait pas. Par exemple, dans les années 1990, elle ne put échapper à l’œil critique du public ; Même si les événements qui eurent lieu étaient privés et concernaient sa famille et ses enfants, c’était une affaire publique car il était perçu que les nombreux scandales entourant sa famille affectaient autant sa vie personnelle que le futur de toute une nation et du royaume.
  • Objectifs et évaluation de performance : Les attentes du peuple vis-à-vis du rôle étaient extrêmement élevées et allaient souvent au-delà des fonctions du rôle en lui-même. Bien que la Reine n’était pas sujette à des évaluations de performance, des millions de personnes, les médias, des personnalités publiques, des organisations etc. se sont positionnés comme évaluateurs et ont fourni des commentaires non sollicités, qu’ils soient bons ou mauvais, tout au long de son règne. 

Les taux d’approbation, les opinions publiques, les sondages, l’image publique et la perception des médias ont été régulièrement mesurés ou publiés ici et là, que cela plaise ou non à la couronne.

  • Rémunération et avantages étaient définis par la loi et à la hauteur de l’importance et de la complexité du poste.

Contrairement à ce que certains pourraient penser, être Reine n’était pas un rôle facile, et quels que soient le niveau de rémunération ou les avantages liés au poste, sa complexité, ses exigences et ses attentes étaient suffisamment nombreuses pour démotiver un employé moyen et l’empêcher de s’épanouir à un tel poste. Dans le passé, comme l’histoire l’a montré, plusieurs membres de la famille royale ont choisi de démissionner de ces rôles royaux jugés contraignants. Pourtant, la reine Elizabeth II a fait preuve d’un engagement sans précédent à son poste. Bien qu’un emploi type soit sensiblement différent du poste de reine, cela ne peut que nous faire du bien de regarder de plus près les leçons que nous pourrions tirer de son mandat, en tant que dirigeants, employés ou chefs d’entreprise.

Voici nos 6 leçons inspirées du service de la Reine Elizabeth II:

  1. Engagement et performance inconditionnels : Elizabeth II s’est investie dans le travail et s’y est donnée entièrement. En 70 ans, à aucun moment, il n’a été rapporté que la Reine n’avait pas rempli l’une des nombreuses tâches et exigences du poste qu’elle occupait. Ni les ennuis personnels, ni les défis du poste, n’ont réussi à la décourager au point de délivrer moins ou de faillir à l’une de ses responsabilités.
  2. Créativité et épanouissement : la Reine Elizabeth II a réussi à trouver un dévouement pour des causes et s’est organisée pour être épanouie dans son travail. Par exemple, le Guardian a rapporté dans un article publié en juin 2012 que la Reine avait fait plus pour les associations caritatives que tout autre monarque de l’histoire du Royaume Uni. Une recherche menée par la Charities Aid Foundation (CAF) en 2012 a révélé que la reine était la marraine de plus de 500 organisations caritatives et a aidé à collecter plus de 2 milliards de dollars par an pour de multiples organisations, de Cancer Research Royaume Uni à la Croix-Rouge Britannique.
  3. Adaptation au changement : Compte tenu de la durée de son règne, elle fait partie des monarques qui ont dû faire face à de nombreux changements tout au long de son service, du changement de lois au changement de pouvoir dans son rôle, des changements dans sa responsabilité, de multiples changements. de pairs, de collègues ou de partenaires (par exemple, on dit qu’elle a nommé 14 premiers ministres britanniques, a été servie par 170 premiers ministres tout au long de son mandat et de ses royaumes, et a servi tout au long des mandats de 12 présidents américains, 7 papes et 10 présidents français ). Elle a également régné à travers plusieurs chocs sociaux et économiques, ainsi que des changements dans sa vie personnelle et familiale. Pourtant, le dévouement de la reine n’a pas changé. Elle n’a trouvé aucune raison de changer son niveau d’engagement dans le travail et a maintenu un fabuleux sens du devoir tant qu’elle a occupé le poste.
  4. Réceptivité aux commentaires négatifs sur son mandat et aux critiques: Certaines actions et décisions prises par la Reine Elizabeth II au fil des ans tendent à confirmer qu’elle a un tant soit peu accepté les feedbacks et a été résiliente face aux défis ou aux critiques. Le début des années 1990 a été extrêmement difficile pour la reine, car sa famille élargie a traversé de nombreuses turbulences personnelles et le public s’est de plus en plus focalisé sur la richesse royale et les dépenses royales. C’était une époque où les critiques et désapprobations envers la monarchie étaient à leur sommum. Il est rapporté officiellement qu’en 1992, dans un discours qui marquait le 40eme anniversaire de son accession au trône, Elizabeth II a publiquement appelé 1992 son annus horribilis (une expression latine, signifiant « année horrible« ) et a déclaré que « La critique est bonne pour les personnes et les institutions qui font partie de la vie publique, aucune institution – ville, monarchie, peu importe – ne devrait s’attendre à être à l’abri de l’examen minutieux de ceux qui lui accordent leur loyauté et leur soutien, sans parler de ceux qui ne le font pas »; et elle a poursuivi en ajoutant que « toute institution doit s’attendre à des critiques, mais a suggéré qu’elles soient faites avec une touche d’humour, de douceur et de compréhension« *. C’est 2 jours après ce fameux discours que le Premier ministre Britannique de l’époque, John Major, annonçait des réformes des finances royales prévues depuis l’année précédente, dont la décision de la Reine de payer volontairement une somme équivalente à l’impôt sur ses revenus privés, à partir de 1993, bien qu’elle en soit exemptée, et à ce titre rompant avec la tradition judiciaire et royale. Bien qu’il ait été clairement établi que la décision de la reine avait été planifiée bien avant que les murmures publics n’augmentent, il est impossible de reconnaitre ce grand geste pour un monarque de décider, volontairement d’absorber une plus grande part du coût des dépenses de la famille royale (alors ceci n’est pas requis), dans un contexte de son pays touché par la récession à cette époque.
  5. Pouvoir de décision : bien que le poste venait avec beaucoup de pouvoir et était le plus élevé dans la hiérarchie britannique, il n’y avait pas de véritable pouvoir de décision puisque la Reine devait prendre toutes décision concernant le Royaume d’un commun accord avec le Parlement britannique et en collaboration avec le Premier Ministre*.
  6. Style de Communication : La Reine Elizabeth II était privée et mesurée dans sa manière de communiquer lors de réunions ou d’événements officiels, en particulier durant les déclarations ou discours officiels. La réponse de la Reine aux scandales, à la pression publique, aux allégations ou aux critiques était la plupart du temps le silence. Elle était une femme de très peu de mots et partageait rarement son opinion sur des sujets. Cela ne lui a donné aucune ou peu de place pour nier, justifier, confirmer ou contredire toute critique ou allégation, ni promouvoir aucune de ses opinions personnelles dans le monde. En fait, il est rapporté qu’au cours de ses +70 ans de service, elle n’a prononcé qu’un total de 5 discours publics ou adresses à la nation.

Quand on regarde son rôle, la façon dont elle a régné et son mandat, le mot « service » semble mieux le décrire que le mot « Leadership » d’autant plus qu’en tant que Monarque et Chef d’Etat, elle a régné sur un royaume et elle a plutôt servi un Etat; elle ne l’a pas gouverné. Nous avons tant à apprendre du temps de règne de la Reine Elizabeth sur le service aux autres, quelque soit le poste que nous occupons.

Références ci-dessous

Ecrit par Par A.D.A.M

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