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Lorsque j’ai mis pied aux États-Unis pour la première fois, j’ai été impressionnée par la vue de ces gros bus jaunes, circulant tôt le matin dans les rues des villes et récupérant des enfants pour les déposer à l’école. C’était un beau spectacle pour moi, notamment parce que dans de nombreux pays que j’ai connus en Afrique subsaharienne et ailleurs, disposer d’un transport pour se rendre à l’école est un luxe.
Ce n’est plus nouveau que l’éducation est l’un des plus grands (sinon le plus grand) défi auquel l’humanité est confrontée de nos jours, encore plus grand avec l’impact de Covid. Les pays à faible revenu du monde entier luttent pour rattraper des années et des années de retard dus à de nombreuses difficultés et faiblesses de leur système éducatif, aggravées par les conflits, la pauvreté et affectant l’accès à l’éducation et la qualité de l’éducation, qui par ricochet affecte la capacité des jeunes à trouver des emplois, ou gagner un revenu décent : un cycle sans fin pour les populations pauvres.
L’un des nombreux défis en éducation sur lesquels nous aimerions nous concentrer dans ce numéro de Voice est le transport scolaire. Ne vous y trompez pas, dans tous les pays du monde, des pays riches aux pays les plus pauvres, le transport scolaire affecte les enfants des ménages à faible revenu, à des degrés divers.
Tandis qu’aux États-Unis, par exemple, plus de la moitié des écoliers prennent le bus scolaire pour se rendre à l’école, dans plusieurs pays en développement à travers le monde, la marche est le moyen le plus courant pour les enfants de se rendre à l’école.
Dans de nombreuses zones rurales d’Afrique subsaharienne ou d’Asie, les enfants sont obligés de traverser les rivières à la nage ou à l’aide de pirogues de fabrication archaïque, d’escalader des montagnes, d’utiliser des charrettes tirées par des chevaux ou des ânes, de traverser des forêts, de nager dans des rivières insalubres, de traverser des zones dangereuses, tels qu’enjamber des ponts de liane, ou traverser des ponts branlants, d’utiliser un taxi local pour une partie de leur trajet ou d’effectuer d’autres déplacements dangereux pour se rendre à l’école.


C’est ou cela, ou les mœurs culturelles qui empêchent les filles vivant dans les zones rurales de nombreux pays en développement d’avoir une chance d’accéder à l’éducation.
Dans les villages autour de Grand-Bereby, dans le sud-ouest de la Côte d’Ivoire, les enfants des villages entourés de rivières d’un côté, ou de la mer de l’autre, doivent se réveiller vers 4h du matin, pagayer une pirogue, marcher environ 2 ou 3 kilomètres en traversant des plantations d’hévéas ou des forêts avant de se rendre à l’école, un parcours très dangereux de 2 à 3 heures chaque jour, surtout pour les filles.
Pas étonnant que 72,3% des jeunes en âge de fréquenter l’école secondaire dans les zones rurales ne soient pas scolarisés contre 28% pour les garçons, comme le rapporte un rapport de l’OIT sur l’état des compétences en Côte d’Ivoire. Ce pourcentage comprend 50 % de filles de +15 ans et seulement 25 % de garçons de +15 ans.
Une étude sur le transport scolaire dans la région centrale du Ghana, révèle que la majorité des enfants de tous âges et sexes de la zone étudiée, qui fréquentent les écoles primaires publiques s’y rendent à pied sur environ 3 à 4 kilomètres en moyenne, dont certains marchent jusqu’à 10 – 25 km pour se rendre dans des écoles privées non gouvernementales à proximité qui sont considérées offrir une meilleure éducation. Les écoliers de cette zone rurale du Ghana ne peuvent aller à l’école que les jours de marché, ce sont les jours où les villages sont mieux désservis par les transports locaux. Ces jours-là, les enfants peuvent emprunter un tro-tro (minibus) ou un taxi dans le village mais ils sont toujours en retard à l’école, compte tenu de la distance. Le rapport mentionne que les mardis et vendredis, ils ne vont pas du tout à l’école, « parce qu’il n’y a pas de transport quittant le village en direction de l’école ces jours-là ».
Une étude publiée dans le Journal de l’activité physique et la santé en 2015, révèle que dans certaines zones rurales du Mexique, 68,8 % des enfants marchent seuls pendant des heures pour se rendre à l’école, montant à dos d’âne, à cheval ou pagayant une pirogue.
En Afrique du Sud, le centre national des statistiques a publié en 2017 que 64,8 % des élèves se rendent à l’école à pied.
Aux États-Unis, un rapport publié par l’Université de Californie à Berkeley en 2014 « Beyond the Yellow Bus » rapporte que plus de 25 millions d’enfants (correspondant à 55% des enfants des écoles publiques américaines) empruntent le bus jaune chaque jour pour se rendre à l’école. Certains de ces bus sont même équipés du wifi selon le rapport de l’American School Bus Council. Cependant, comme le budget de transport a été réduit dans de nombreuses régions, le transport est devenu un problème dans des villes comme San Francisco (Forbes, 2018), offrant aux parents de choisir l’école ou devraient fréquenter leurs enfants, au lieu de l’adresse postale. Par conséquent, le transport est un défi pour les familles à faible revenu qui ont mentionné, dans le cadre de la recherche menée, qu’elles auraient choisi une autre école pour leurs enfants si un meilleur transport avait été disponible. Pour l’instant, leurs enfants sont obligés d’emprunter les transports en commun, ce qui n’est pas abordable pour eux ou dangereux pour les familles qui résident dans des zones à forte criminalité et violence. Les enfants vivant dans ces zones et marchant seuls vers des arrêts de bus éloignés sont plus à risque d’être confrontés au danger, au risque d’arriver en retard ou épuisés et de ne pas pouvoir profiter des opportunités offertes après les cours, opportunités accessibles aux autres enfants.
Un article publié par le Mackinac Center for public policy en 2018 indique qu’à Detroit par exemple (classé comme le district scolaire urbain le moins performant aux tests de rendement nationaux), « trouver un transport sûr et fiable vers et depuis l’école reste un obstacle pour certaines familles qui veulent une meilleure option que l’école la plus proche de chez eux.
Comme vous pouvez le constater, le transport scolaire est un défi dans les économies développées aussi bien que dans les économies en développement, pour différentes raisons dont les causes varient énormément d’un pays à l’autre. Tandis que dans les pays en voie de développement, la majorité d’enfants se rend à l’école à pied ou utilise les transports en commun, aux États-Unis par exemple, la majorité emprunte des bus scolaires pour se rendre à l’école. D’un côté, le transport constitue un obstacle au choix de l’école ou au choix a une meilleure éducation dans certaines régions des États-Unis pour les familles à faible revenu, de l’autre coté (pays en voie de développement), le manque de transport est un obstacle à l’éducation dans son ensemble. Dans de nombreuses zones rurales des pays d’Afrique subsaharienne et d’Asie, ne pas disposer de transport signifie ne pas avoir accès à l’éducation du tout.
Ce sont des réalités différentes pour les enfants selon la partie du monde, la région du pays ou la partie de la ville où ils vivent. Dans le monde en développement, les problèmes liés aux trajets domicile-école sont nombreux, allant d’un faible nombre d’écoles dans les zones rurales par rapport aux zones urbaines entraînant de longues distances vers/depuis les écoles, un manque ou une mauvaise infrastructure routière, la pauvreté entraînant un manque de moyen de transport et les risques et dangers sur le chemin de l’école (pire pour les filles).
Des solutions ont été conçues et mises en œuvre avec les moyens de bord, parfois par les pouvoirs publics, financés par leur propre budget ou par des organisations internationales. D’autres fois, des solutions temporaires ou à moyen ou long terme ont été conçues par des fondations privées, des leaders communautaires locaux ou des ONG.
Dans certaines régions des États-Unis, où le trajet pour l’école est risqué, comme dans les quartiers à forte criminalité, des groupes ont aidé à identifier des itinéraires sûrs que les élèves peuvent emprunter pour se rendre à l’école et en revenir. C’est le cas de villes comme Chicago par exemple. Dans le New Jersey, des “bus scolaires pédestres” ont été créés, ce qui signifie que les enfants marchent ensemble pour se rendre à l’école et en revenir, chaperonnés par un adulte.
À Detroit, le centre MacKinac pour les politiques publiques a suggéré que «les bourses de transport pourraient aider certains étudiants à choisir une école de leur choix»
Une étude au Mexique a rapporté que « faire du vélo avec quelqu’un d’autre – frère, soeur ou un parent – est devenu un moyen très courant de se rendre à l’école ».
Aux Philippines, dans des communautés de pêcheurs éloignées non loin de la ville de Zamboanga, les enfants qui allaient à l’école en nageant ou en pataugeant dans les mangroves boueuses utilisent désormais des bateaux scolaires jaunes pour se rendre à l’école, fournis par la Yellow Boat of Hope Foundation, co -fondé par Jay Jaboneta, un blogueur philippin. [Lire notre article sur la Fondation Bateau Jaune de l’Espoir ici]
Un article de CNN rapporte que « dans les montagnes de la province du Sichuan, dans le sud-ouest de la Chine, une échelle en acier a été construite contre une falaise de 800 mètres que les enfants escaladent pour atteindre leur internat dans le village isolé d’Atule’er au sommet d’une falaise ».
Partout dans le monde, des personnes, des communautés et des organisations travaillent dur pour faire une différence dans la vie des plus défavorisés dans le domaine de l’Education entre autres. Si vous faites la même chose dans votre communauté, nous aimerions avoir de vos nouvelles et partager votre histoire. Merci de nous écrire à voice@dorcasmanou.com
D. Manou-Assoko
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