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Les recherches et statistiques prouvent que l’épuisement professionnel est en croissance dans le monde et fortement corrélé à des facteurs négatifs sur le lieu de travail tels que les comportements toxiques des directeurs ou chefs de département: votre organisation s’attaque-t-elle aux symptômes ou aux causes profondes? Pourquoi le burnout est-il en augmentation globalement alors que les employeurs ont activement investi dans des initiatives de bien-être au travail?
Un constat pas très reluisant:
Bien que les employeurs du monde entier aient investi des ressources sans précédent dans les initiatives de bien-être et de santé mentale depuis la pandémie, l’épuisement professionnel sur le lieu de travail est en croissance dans le monde depuis 2021 et atteint désormais un niveau record selon une étude de février 2023 par Future Forum pulse , une enquête trimestrielle auprès de plus de 10 000 employés de bureau dans 6 pays : États-Unis, Australie, France, Allemagne, Japon et Royaume-Uni. Le rapport souligne que deux catégories d’empployés sont plus à risque que les autres de s’épuiser émotionnellement : les femmes et les employés de moins de 30 ans. Un autre rapport de Gallup publié en 2021 a révélé que les femmes ont toujours eu des niveaux d’épuisement professionnel plus élevés que les hommes et note que l’écart a doublé depuis 2019.
Lorsque la pandémie de covid-19 a frappé, elle a exacerbé les problèmes de santé et de bien-être des employés, et les employeurs ont immédiatement réagi par des actions concrètes pour garantir la protection et la sécurité de leurs employés. Dans le cadre de l’enquête sur le bien-être de la santé mentale des employés de l’Institut Mckinsey Health menée en 2022, à travers le monde, 80 % des responsables RH ont déclaré que le bien-être des employés était une priorité absolue dans leur organisation. Pourtant, le phénomène est en augmentation, et le burnout est globalement en hausse et persiste. Qu’est-ce qui semble être le problème est une question légitime que les chefs d’entreprise doivent se poser.
Ce pic d’épuisement constaté dans tous les rapports, malgré les actions actives des employeurs, en fait un phénomène intéressant à regarder de plus près d’un point de vue stratégique et des Ressources Humaines.
Qu’est-ce que l’épuisement professionnel (ou burnout) ?
Dans un premier temps, essayons de dissiper la confusion autour de ce qu’est l’épuisement professionnel. Avant de nous plonger dans la définition officielle de l’épuisement professionnel, il est important de noter que l’épuisement professionnel est considéré etre un phénomène professionnel et non une condition médicale par l’Organisation mondiale de la Santé. Cela signifie qu’il s’agit d’un facteur qui influe sur l’état de santé et non d’une maladie.
Selon l’Organisation Mondiale de la Santé, l’épuisement professionnel (ou Burnout) est un syndrome résultant d’un stress chronique au travail qui n’a pas été géré avec efficacité. Il est illustré par trois indicateurs :
• Un sentiment de baisse d’énergie ou d’épuisement.
• Une distance mentale accrue par rapport à son poste, ou des sentiments de négativisme ou de cynisme liés à son travail ; et
• Une efficacité professionnelle réduite.
Statistiques d’épuisement professionnel (ou Burnout) chez les Femmes.
Une enquête la plus récente de Deloitte sur l’épuisement professionnel menée en 2023 auprès de 5000 travailleuses dans 10 pays, dont 500 femmes d’Afrique du Sud, note que si une légère baisse du nombre de burnouts est perceptible à l’échelle mondiale en 2023 par rapport à 2022, les femmes qui travaillent à travers le monde continuent de souffrir lourdement et largement de Burnout. En Afrique du Sud, par exemple, on rapporte que 40 % des femmes sud-africaines se sentent épuisées, tandis que 51 % estiment que leur niveau de stress est plus élevé qu’un an auparavant.
Statistiques d’épuisement professionnel (ou Burnout) chez les professionnels des RH.
La fonction RH, l’une des fonctions centrales censée régler les questions humaines dans les organisations, n’est pas exempte de souffrir elle-même d’épuisement professionnel. Un article de la Société de Gestion des Ressources Humaines (SHRM) révèle que « le burnout et l’épuisement sont répandus dans les RH, avec 42% des équipes croulant sous trop de projets et de responsabilités, selon une enquête menée auprès de 726 praticiens RH dans sept pays » en 2021.
Parce que la profession des RH a été submergée par la charge de travail, la création et l’implémentation de nombreuses initiatives et programmes en réponse à la pandémie, les équipes des RH ont depuis fait face à une pression croissante et à de lourds défis qui ont alimenté l’épuisement professionnel des professionnels des RH tandis que toutes les ressources et l’attention allaient aux employés et aux clients des RH, et que peu d’attention était portée sur les personnes mêmes dont le devoir était de « se soucier » des autres dans l’organisation. La pandémie a exacerbé un sens du devoir au sein de la fonction RH et un environnement dans lequel admettre que l’on était émotionnellement épuisé n’était pas une option et une crainte que cela puisse être perçu comme une faiblesse est apparue parmi les professionnels des RH ainsi qu’une stigmatisation attachée à ce syndrome d’épuisement.
Une analyse menée par le fournisseur de solutions logicielles RH Lattice, a révélé dans son rapport ‘The State of People Strategy » un fait ironique : « l’équipe chargée de mettre à niveau le reste de l’organisation est elle-même en sous-effectif. Leur rapport a révélé que « parmi les responsables des ressources humaines qui ont déclaré être émotionnellement épuisés, plus des deux tiers l’ont attribué au surmenage, et plus de 40 % ont déclaré que c’était parce qu’ils avaient besoin d’effectifs supplémentaires pour atteindre leurs objectifs ».
Une déclaration de Sharon Kittredge, vice-présidente des personnes de la plateforme de streaming Agora, a résonné en moi et a particulièrement attiré mon attention. Elle a déclaré: «Personne ne s’occupait vraiment des RH pendant que nous courions tous comme des poulets sans tête essayant de nous assurer que tout le monde allait bien…. Les RH sont le lieu où le stress va se réfugier dans une organisation »
Vous pouvez imaginer à quel point il peut être lourd pour les équipes RH d’admettre qu’elles éprouvent de l’épuisement émotionnel au plus fort de leur charge de travail et lorsque toute l’organisation attend d’elles des résultats. Malheureusement, beaucoup ont souffert en silence et en ont supporté les conséquences seuls et très peu ont trouvé le courage de prendre soin d’eux-mêmes et de prendre du temps tout en étant souvent isolés ou stigmatisés.
Qu’est-ce qui peut manquer aux stratégies de promotion de santé mentale au sein des organisations ?
L’analyse perspicace de l’institut Mckinsey a révélé que si de nombreuses initiatives visant à traiter la santé mentale et à améliorer le bien-être ont été mises en place en plus grand nombre qu’auparavant, de nombreux employeurs se sont concentrés sur des actions au niveau individuel qui corrigent les symptômes mais ne s’attaquent pas aux causes profondes. Les interventions telles que l’amélioration des politiques de congés, l’augmentation des prestations de bien-être, la formation sur la gestion du temps et la productivité et l’amélioration de l’offre de services de conseil et de psychologie, entre autres, ont été nombreuses. Mais souvent, le rôle essentiel de l’atmosphère de travail et des actions, décisions et comportements des Directeurs dans la réduction de l’épuisement professionnel et le soutien de la santé mentale et du bien-être des employés ont été souvent sous-estimés. Pourtant, une étude publiée par la Wharton Press ( Paula Davis, 2021, Beating burnout at work, montre que les causes récurrentes citées par les salariés victimes d’épuisement professionnel sont une charge de travail déraisonnable, une faible autonomie, un traitement injuste, un manque de soutien social et le sentiment d’être toujours entrain de bosser. Ces causes ne sont pas celles que les initiatives de bien-être peuvent traiter, mais plutôt une approche et une stratégie systématiques pour réduire la prévalence de l’épuisement professionnel par des managers intentionnels qui créent le bon environnement pour leur personnel.
Un nombre croissant de preuves techniques établies par de nombreux chercheurs et organisations, y compris le rapport Mc Kinsey, et une recherche de Gunnar Arronson et Al (Une revue systématique comprenant une méta-analyse de l’environnement de travail et des symptômes d’épuisement professionnel, a démontré que si des niveaux élevés de soutien au travail et de justice au travail protégeaient contre l’épuisement émotionnel, des exigences élevées, un faible contrôle du travail, une charge de travail élevée, une faible récompense et une insécurité de l’emploi augmentaient le risque de développer l’épuisement. En résumé, il existe des preuves techniques solides que les facteurs négatifs du lieu de travail tels que le comportement toxique des directeurs et chefs de département ou d’équipe sont fortement corrélés à la prévalence de l’épuisement professionnel.
Par conséquent, les organisations qui continuent de se concentrer sur des interventions qui ne s’attaquent pas aux comportements toxiques, par exemple, continueront de payer un prix de plus en plus élevé pour la prévalence des problèmes de santé mentale parmi leur personnel.
De Dorcas Manou-Assoko
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